sábado, 8 de dezembro de 2007

Sedução (proibido para menores de 18 anos)

Amateur d'art par Lunettes Rouges


Séduction (interdit aux moins de 18 ans)


Il est rare qu’une exposition soit interdite aux moins de dix-huit ans. Est-ce le contrecoup anglais de l’affaire du CAPC, est-ce un retour de flamme du puritanisme victorien, toujours est-il que celle-ci (Seduced, art & sex from antiquity to now) au Barbican à Londres jusqu’au 27 Janvier est bel et bien réservée aux visiteurs majeurs et consentants.

seduced-1.1196605702.jpgLe début est prometteur : cette feuille de vigne géante, commandée par la reine Victoria en 1857 pour masquer le sexe du David de Michel-Ange sur une copie qui lui fut offerte par le Grand-Duc de Toscane. Tout ici va parler de masque autant que de sexe, de répression autant que d’exhibition. Peu après, les antiquités romaines et grecques ne sont montrées que dans des cabinets secrets, des enfers (en attendant d’aller voir celui-ci, interdit au moins de 16 ans seulement) : deux sont évoqués ici, celui de Naples et le Secretum du British Museum. Les satyres y pourchassent les nymphes, Vénus pendule et un pénis ailé tintinabule.

seduced-2.1196605721.jpgVoici (c’est un peu sombre, cliquez sur les photos) le dos d’un miroir romain en bronze, du 1er siècle de notre ère : deux amants sur un lit, dans une posture légèrement acrobatique de pénétration. Il est imberbe, elle a une lourde coiffure “à la Livie”, elle l’embrasse, une guirlande de fleurs enserre son corps; au sol, vases et coupes. Au mur, à côté d’une lampe suspendue, un tableautin dépeint une autre scène érotique; celle-ci est d’ordinaire dissimulée derrière des volets, qui, ici, ont été ouverts. C’est un écho plutôt qu’une mise en abyme : le lit est similaire, la posture différente. Le relief de cette vignette est moins marqué, comme estompé, les formes y sont moins pleines. N’oublions pas que de l’autre côté est un miroir : tout ici est rappel, évocation, représentation, stimulation. Un fil érotique court depuis l’homme ou la femme qui tient le miroir et en fait un accessoire de ses jeux amoureux, aux amants du revers et à ceux de la vignette.

seduced-3.1196605733.jpgseduced-4.1196605747.jpgAlors que les nombreuses scènes asiatiques, indiennes, chinoises ou japonaises, montrent des postures impossibles et des organes démesurés, mais des visages toujours impassibles, c’est au contraire l’expression des visages qui, dans l’art occidental, des Filles de Lot de Simon Vouet à la fellation (Scène érotique, la douleur) du jeune Picasso (en passant même, qui l’eut cru, par Turner!), détourne de la performance sexuelle pour traduire l’émotion, le désir ou le contentement. Voici face à face deux baisers (les baisers seuls, sans montrer le reste de l’action), l’un hétérosexuel et japonais (de Kitagawa Utamaro, 1803), l’autre sapphique et viennois (Egon Schiele, 1915).

seduced-5.1196605770.jpgseduced-6.1196605787.jpgLéda se pâme quand le cygne l’entreprend (ici attribué à Boucher, 1740), ses mains tremblent en relevant sa chemise, ses yeux chavirent, ses lèvres sont humides, pendant que la japonaise de Hokusai (1824), possédée par un poulpe géant jusque dans sa bouche, semble résignée et passive. Mais quelle superbe estampe, où la montagne forme un écrin aux amants monstrueux.


Séduction 2 (interdit aux moins de 18 ans)

L’exposition Seduced au Barbican (jusqu’au 27 Janvier) présente aussi des oeuvres contemporaines, et en particulier vidéos et photos.

seduced-9.1196611635.jpgLa photographie décuple l’image érotique, son nombre comme son pouvoir. A côté de toutes les photos coquines de la belle époque, la manie “catalogueuse” du fameux Docteur Kinsey est digne d’intérêt : chaque posture, chaque combinaison sont classifiées à l’intérieur de 44 catégories, visant à représenter de manière exhaustive, 18 siècles après le Kama Sutra, toutes les possibilités érotiques. Voici, par exemple C Supine VV Prone; vous remarquerez que seduced-8.1196611483.jpgni la voiture, ni la mine satisfaite de l’homme regardant l’objectif ne sont catalogués. Thomas Ruff aussi utilise une classification, plus hermétique : ses photos proviennent de sites pornos sur Internet; en les agrandissant, il les rend plus floues, il recompose les pixels et crée ainsi un voile, une frustration (nudes br16, 2004). Ni Kinsey, ni Ruff n’ont pris ces photos eux-mêmes; ils les ont choisies, nommées, montrées, et en ont fait un élément de leur discours, scientifique ou artistique.

Il ya bien sûr Araki, et Jeff Koons, qui déclare que sa série Made in Heaven, où il se représente faisant l’amour avec la Cicciolina, est basée sur son expérience devant cette fresque de Masaccio. Il y a tous les “usual suspects”, tous ceux qu’on s’attend à trouver là : Masson, Bellmer et Francis Bacon, Marlene Dumas et Nan Goldin, Mapplethorpe et Louise Bourgeois; Tracey Emin aussi, étonnamment sobre (”Is Anal Sex Legal ? Is Legal Sex Anal ?”).

seduced-10.1196611497.jpgVoici des photogrammes de deux vidéos qui se répondent, et qui diffèrent, un homme et une femme, jouissant de la même manière. Le film de Warhol, Blowjob, de 1963, est silencieux; il ne montre que le visage de ce jeune homme. Les images en noir et blanc, filmées à 24/seconde, défilent plus lentement à 16/seconde; c’est lent, le film dure 41 minutes, la forte tension des premières minutes se dissipe, on s’ennuie un peu. L’orgasme est banal, le jeune homme allume nonchalamment une cigarette, seduced-11.1196611517.jpgrien de plus ordinaire que le sexe. L’artiste anglaise k r buxey se met en scène elle-même dans Requiem, un film en couleur de 39 minutes réalisé en 2002. Plutôt qu’à l’acte, le titre se réfère à la musique, le Requiem de Fauré, qui accompagne son orgasme. C’est une riposte féministe à Warhol, une affirmation différente du plaisir, la réponse de Sainte Thérèse ou Sainte Catherine à Saint Sébastien. A la fin, l’artiste remercie son amant, invisible, à genoux devant elle : aux antipodes de la pornographie.

duchamp-dart-object.1196611440.jpgEnfin, la présence en filigrane ou presque de Marcel Duchamp apparaît ici et là. Le catalogue lui consacre plusieurs pages, Richard Hamilton reproduit le Grand Verre avec les notes de Duchamp, on se prend parfois à rêver à “Etant donnés”. Quatre des dessins érotiques que Duchamp fit à la veille de sa mort sont exposés ici, ainsi que deux de ses objets érotiques : “Coin de chasteté /Wedge” et Dart Object (1951/1962 : dard, objet d’art).

Pour prolonger l’exposition, vous pouvez aussi aller sur Facebook ou MySpace, ou voir comment de jeunes artistes ont été inspirés par l’exposition. Lisez aussi ici la chronique d’une visiteuse très sensible à l’ambiance de l’exposition lors de sa visite.

Photos provenant du catalogue. Ruff, Warhol et Duchamp copyright ADAGP : les photos de leurs oeuvres seront retirées du blog à la fin de l’exposition. Suivez alors les liens ci-dessus pour retrouver les images.

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