quinta-feira, 7 de junho de 2007

Artigo do Presidente Lula no jornal Le Monde de França

G8, les pays émergents doivent être entendus, par Luiz Inacio Lula da Silva

La tenue d'un nouveau sommet élargi du G8 à Heiligendamm offre une nouvelle occasion aux dirigeants d'Afrique du Sud, du Brésil, de la Chine, de l'Inde et du Mexique d'approfondir le dialogue avec les principales puissances industrielles, entamé à Evian en 2003, sur les questions prioritaires de l'agenda international.

Ces rencontres prennent de plus en plus d'importance, notamment du fait qu'elles introduisent de nouvelles perspectives dans les débats du G8. Je suis convaincu que le changement climatique, le développement durable, les sources nouvelles et renouvelables d'énergie et le financement pour le développement sont des thèmes sur lesquels les principaux pays émergents devront être davantage écoutés. En effet, non seulement les populations de nos pays sont concernées, mais nos pays ont la capacité de formuler et de mettre en oeuvre des propositions innovantes pour répondre à ces multiples défis.

La transformation des biocarburants en commodities internationales est un exemple de la façon dont nous joignons nos efforts pour trouver des réponses coordonnées. La diffusion de l'usage de l'éthanol et du biodiesel aide à démocratiser l'accès à l'énergie en diminuant la dépendance mondiale à l'égard des réserves d'hydrocarbures. En même temps, elle contribue à réduire les émissions de gaz polluants et les effets du changement climatique qui nous affectent tous.

L'essor des biocarburants est très important pour les pays en voie de développement. Grâce à leur immense potentiel de création d'emplois et de revenus, ils offrent une véritable possibilité de développement durable, en particulier pour les pays qui dépendent de l'exportation de quelques matières premières. En même temps, l'éthanol et le biodiesel ouvrent d'importantes perspectives de développement, surtout pour les industries biochimiques. Ce sont des alternatives économiques, sociales et technologiques qui s'offrent aux pays économiquement pauvres, mais riches en soleil et en terres arables.

Les critiques selon lesquelles les biocarburants peuvent affecter la sécurité alimentaire ou aggraver les changements climatiques se fondent sur un postulat erroné. Si les pays adoptent des cultures adaptées à leurs réalités et à leurs besoins, les biocarburants peuvent aller de pair avec la sécurité alimentaire et la préservation de l'environnement. Un système de contrôle public rigoureux, s'appuyant sur des accords multilatéraux, préservera l'environnement et des conditions décentes de travail. L'équilibre entre la petite propriété familiale et les grandes plantations peut aussi être garanti, comme le prévoit la législation brésilienne. C'est une expérience que nous partageons avec nos voisins de l'Amérique latine et des Caraïbes et avec nos frères africains.

Pour atteindre les objectifs de développements du Millénaire, il sera aussi nécessaire de multiplier des mécanismes financiers innovants capables d'assurer les ressources nécessaires à la transformation des conditions de vie de millions de personnes marginalisées. La contribution de solidarité internationale sur les billets d'avion est un petit exemple de ce qui peut être fait, comme cela a été établi lors de la création de la Centrale internationale pour l'achat de médicaments (Unitaid).

Ce sommet élargi nous offre l'occasion de formuler des stratégies intégrées mondialement pour faire face aux grandes menaces planétaires. Il n'y aura pas de développement durable, d'harmonie environnementale ni de sécurité pérenne si nous ne parvenons pas à éliminer la faim et l'extrême inégalité sociale. C'est pour cela que les négociations commerciales multilatérales doivent avancer. Nous avons besoin d'un véritable cycle du développement au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Avec des résultats qui apportent aux pays les plus nécessiteux les bénéfices, maintes fois promis mais jamais pleinement concrétisés, de la libéralisation des échanges.

La meilleure preuve de notre capacité à forger une bonne gouvernance vraiment globale réside sans doute dans le partage des responsabilités et des frais liés aux changements qui ne peuvent plus être remis. Ces responsabilités, bien que distinctes, sont copartagées. Quand nous parlons de réchauffement climatique ou de négociations commerciales multilatérales, nous ne pouvons traiter sur le même plan des pays ayant des capacités et des responsabilités aussi inégales. Ainsi, la légitime protection de la propriété intellectuelle, qui se trouve à l'ordre du jour du G8, ne saurait écarter l'impératif éthique de garantir des médicaments de première nécessité à des prix abordables.

Le Brésil a conscience de ses obligations, et il est engagé dans tous ces projets. C'est pour cette raison que nous sommes persuadés que le dialogue élargi du G8 restera indispensable à la consolidation d'un agenda commun des intérêts et des défis auxquels toute la planète est confrontée. La constitution d'un forum permanent entre les pays en voie de développement et les pays développés pour traiter des questions essentielles du monde d'aujourd'hui aidera à rendre la globalisation moins asymétrique et plus solidaire.

Luiz Inacio Lula da Silva est président du Brésil. Versão portuguesa

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