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sexta-feira, 5 de outubro de 2007

Editorial du Le Monde: Haine des autres, haine de soi, par Eric Fottorino

En adoptant aux petites heures de vendredi le projet de loi Hortefeux sur la maîtrise de l'immigration, et en particulier l'amendement revu et corrigé, mais finalement maintenu dans son principe, du recours aux tests ADN pour les candidats au regroupement familial, les sénateurs, après les députés, ont fini d'esquisser le visage le plus inquiétant de la France. S'il advenait que ce texte soit maintenu au sortir de la commission mixte paritaire prévue le 16 octobre, alors il faudra acter que notre pays a fait litière de son histoire et de sa géographie au détriment des étrangers.


Admettre que la famille ne vaut que par le lien biologique établi entre ses membres, considérer que seul le sang donne son sens et sa validation à la stricte parenté entre une mère et ses enfants, c'est nier la différence des autres. C'est nier l'existence de cultures singulières ou fermer les yeux sur les drames de contrées à fléaux qui font qu'un enfant peut ne pas être élevé par sa mère. Que des demi-frères ou demi-soeurs peuvent être des fils et des filles à part entière dans le coeur d'une femme qui ne les a pas enfantés.

Il n'est que de lire les réactions blessées de nombre de responsables africains pour mesurer combien cette tentative dommageable de tri dans les familles, outre la suspicion de fraude a priori qu'elle suggère, risque de couper la France de ses meilleurs amis. Réservée aux étrangers, la traque de l'enfant illégitime n'est pas seulement contraire au droit fixé par la loi de bioéthique, qui limite la recherche de la signature génétique à des fins médicales ou judiciaires. Il y a de la haine dans cette course à l'ADN, de la haine des autres, de la haine de soi. On ne se respecte pas quand on manque ainsi d'humanité. A gauche, mais aussi à droite, des voix s'élèvent contre cet amendement, se mêlant aux voix des Eglises et du Conseil national d'éthique. On aimerait que la représentation nationale les entende. Sauf à miser sur le Conseil constitutionnel pour préserver notre législation de repoussantes dérives.

Eric Fottorino pour Le Monde

quinta-feira, 4 de outubro de 2007

L'amendement ADN est contraire à l'esprit de la loi française, dit le CCNE

Après l'adoption par le Sénat, jeudi 4 octobre, de l'amendement modifié sur les tests ADN, le Conseil consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis dans lequel il affirme que ce texte "est en contradiction avec l'esprit de la loi française".

Le CCNE, qui a été saisi en urgence par un sénateur et à titre consultatif, mercredi, regrette "que des questions aussi importantes (...) fassent l'objet de procédures en urgence". Il estime que "l'inscription dans la loi d'une identification biologique réservée aux seuls étrangers (...) conduirait furtivement à généraliser de telles identifications génétiques, qui pourraient se révéler à terme attentatoires aux libertés individuelles".

Le Conseil attire par ailleurs l'attention "sur la dimension profondément symbolique (...) de toute mesure qui demande à la vérité biologique d'être l'ultime arbitre dans des questions qui touchent à l'identité sociale et culturelle".

S'il prend acte des amendements successifs qui ont permis, lors des débats, de mieux prendre en compte la notion de famille "telle que définie dans le droit français", le CCNE craint que "l'esprit de ce texte ne mette en cause la représentation par la société d'un certain nombre de principes fondamentaux."

Le Sénat doit se prononcer, dans la nuit de jeudi à vendredi, sur l'ensemble du projet de loi sur la "maîtrise de l'immigration".


Les Français partagés sur l'instauration de tests ADN

Selon un sondage CSA à paraître vendredi dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, 47 % des Français se déclarent favorables à l'instauration de tests ADN pour prouver la filiation de candidats au regroupement familial. 45 % estiment que c'est "une mauvaise chose parce que cela est contraire aux valeurs de la société française". Les personnes "pour" jugent que c'est une "bonne chose parce que cela permet de savoir si les candidats au regroupement familial sont bien issus de la même famille".

Fiche technique. Sondage réalisé les 3 et 4 octobre par le CSA auprès d'un échantillon de 1 002 personnes de 18 ans et plus (méthode des quotas). Notice détaillée disponible auprès de la commission des sondages. – (Avec AFP.)